06 avril 2009

Partenariat Ifop et HautEtFort

Un vent de nouveauté souffle depuis quelques temps sur le monde des études.

Depuis quelques années, ce vent se fait même de plus en plus violent et se transforme peu à peu en une tempête qui emportera les instituts les moins réactifs.

Les plus perspicaces d'entre vous l'ont deviné, je fais référence aux études de conversations sur le web (parfois appelé études des retombées web). Nous l'avons notamment vu avec Spotter, certains instituts se positionnent même de plus en plus sur ce créneau parfois délaissé par les "grands". Je pense également à l'excellent institut Linkfluence et à ses magnifiques cartes illustrant les conversations sur le web (exemple ici).

Pour ceux qui n'ont pas suivi ou qui ne savent pas de quoi je parle, il s'agit, pour résumer, de mener des études sur les discussions spontanées qui se tiennent sur le web concernant un sujet, une marque, etc. Ces conversations peuvent avoir lieu dans des billets de blog, sur twitter, sur facebook, dans des forums,...

Bref, la nouvelle du moment c'est la réaction d'un des "grands". Ifop a en effet annoncé un partenariat avec HautEtFort, la pateforme de blog qui héberge d'ailleurs le monde des études. Voici le document de présentation :

Ma première réaction ?

Enfin ! C'est une bonne nouvelle que le marché réagisse à la demande croissante des annonceurs qui s'intéressent logiquement aux conversations spontanées qui concernent leurs marques/produits. Ifop, avec Hautetfort, va ainsi pouvoir entrer sur ce marché...

Ma deuxième réaction est moins positive : je trouve que ça manque un peu de structure.

En effet, quels sont les partis-pris d'Ifop et de HautetFort ? On sait, via l'exemple dans le PowerPoint, qu'Ifop selectionne des blogs aléatoirement parmi ceux hébergé par HautetFort. Bien. Mais les blogs de Hautetfort ne sont certainement pas les mêmes que ceux hébergés par Skyblog, ni que les blogs Google (blogger). On est donc sur un échantillonnage d'un échantillon des conversations du web.

De plus, la séléction aléatoire est sans doute la plus prudente mais quid du poids des blogs (en terme de lecteurs, de fréquence de publication, etc.) ? Une selection aléatoire revient ainsi à ne pas favoriser les blogs les plus lus et à les considérer aussi importants que les blogs que personne ne suit...

Cela dit, je ne serai pas plus critique que cela, car il faut laisser le temps à l'outil de s'installer et de faire ses preuves.

D'autant plus qu'Ifop a apparement décidé d'en faire une utilisation plus qualitative (étudier les verbatims, les phrases) que quantitative (impliquant une volonté de généraliser les résultats à l'ensemble du Web). Et, si ce choix se confirme, mes "critiques" n'auront quasiement plus lieu d'être.

Enfin, je fais confiance à l'Ifop pour prendre toutes les décisions méthodologiques qui conviendront et pour savoir convaincre leurs clients. Après tout, c'est quand même un des instituts les plus novateur de l'histoire.

Pour conclure, je dis donc bravo à Ifop et HautetFort pour l'initiative louable et leur exprime ma plus vive impatience concernant les premiers résultats publiés.

Commentaires

Tout d'abord, bravo pour cette excellente mise en perspective de l'intérêt et des limites d'une telle approche - et bien évidemment merci de la marque de confiance accordée à linkfluence. Je te rejoins pleinement sur l'importance d'un échantillonnage adapté. Bien qu'il soit impossible sur le web social d'obtenir un échantillon représentatif de la population française sur le web, à l'inverse de ce que les sondages d'opinion plus traditionnels proposent, on peut et on doit néanmoins veiller à la représentativité souhaitée de son échantillon d'analyse (que celle-ci soit quantitative ou qualitative du reste).

L'échantillon sélectionné par l'Ifop comporte au moins deux biais assez apparents. Le premier, comme tu le remarques, est le choix de la plateforme Haut et Fort dont les profils sociodémographiques des membres tendent à révéler une sous-population des acteurs du web social et non pas la population d'ensemble du web social. Ainsi donc, si représentativité il y a, celle-ci ne peut prétendre porter sur le web social mais uniquement sur ceux des acteurs du web social qui utilisent Haut et Fort. Ceci n'est certes pas un obstacle à l'analyse, c'est simplement un biais qui doit être pris en compte afin de relativiser les résultats obtenus, de les rapprocher de la sous-population dont ils émanent. Deuxième biais apparent, et celui-ci est peut-être plus contraignant, n'ont été retenus pour l'analyse que les billets marqués (tags) du mot-clé "crise" par les auteurs eux-mêmes. Ainsi, les billets qui parleraient de la crise sans le savoir ou le vouloir (discussions sur le coût de la vie, le pouvoir d'achat, les licenciements, etc.) ne seraient pas retenus dans l'analyse. Pourtant, il est fondamental d'utiliser l'ensemble des champs lexicaux possibles pour identifier toutes les opinions spontanées pertinents, et pas uniquement celles dont les auteurs ont conscience de la nature de leur conversation, voire dont les auteurs entendent peser dans le débat public en manifestant ainsi le rattachement thématique de leur billet.

Quoi qu'il en soit, je suis comme toi certain que l'Ifop saura faire très bon usage de cette approche et des limites inhérentes qu'elle comporte, comme toute étude, offline ou online...

Ecrit par : anham | 30 avril 2009

Ecrire un commentaire